Chapitre 3
— Toi…
Lori se sentit soudain nerveuse, sans pouvoir l’expliquer.
Ce visage, c’était bien le sien.
Seulement, trois ans plus tôt, quand elle n’avait pensé qu’à s’enfuir, Lori n’avait pas vraiment eu le temps de distinguer clairement les traits d’Elbert.
« Robert, qu’est-ce qui vient de se passer ? »
Percevant la réaction étrange de la jeune femme, Elbert l’interrogea mentalement.
« Ton apparence l’a choquée !
— Mais ne t’inquiète pas, tes traits n’ont pas changé. J’ai juste ajusté les proportions grâce à une stimulation électrique. Ton visage actuel dépasse les 90 % de ressemblance avec un humain !
— Et les 10 % restants ?
— Ça dépend de ce que vous, les humains, appelez le “charisme” ! »
Eh bien… impressionnant !
« Donc, je suis ton bienfaiteur, maintenant ? »
Elbert se détendit complètement, observant avec intérêt Lori, qui rougissait légèrement.
Elle secoua doucement la tête et détourna le regard, comme si elle craignait de croiser à nouveau le visage d’Elbert.
« Je suis désolée. Je te cherche depuis trois ans. Il n’est resté aucune vidéo de surveillance de ce jour-là, alors j’ai dû enquêter personne par personne. Mon identité est particulière ; si les médias apprenaient ma situation, il y aurait toutes sortes de rumeurs. Je n’ai pu te voir que de cette manière. »
Après une courte pause, Lori reprit :
« Ne t’inquiète pas, je te rembourserai. »
Une notification du système retentit : « Analyse rétinienne activée ! »
Aussitôt, une fenêtre d’informations bleutée flotta dans le champ de vision d’Elbert !
[Lori, nom complet Lori Brown, femme, 25 ans, taille 170 cm, poids 48 kg, mensurations 93-58-93, silhouette excellente, diplômée de l’Université de Pennsylvanie, double doctorat en génie mécanique et en médecine, troisième fille d’Alan Brown, président du groupe FutureTech.]
« Donc, c’est la fille d’un magnat ! Robert, comment tu sais tout ça ?
— D’abord, grâce à la reconnaissance faciale, j’ai trouvé ses informations en ligne, puis j’ai suivi ses comptes sur les réseaux sociaux.
— Par agrégation d’informations venant de Facebook, Weibo, etc.
— Et, d’après son Facebook, c’est évident : elle est célibataire… et toujours vierge ! »
Célibataire.
Vierge.
« Attends, Robert… tu sais même si elle est vierge ?
— Rapports médicaux en ligne !
— Son album photo privé en contient !
— Sérieusement ? »
Elbert s’y intéressa soudain. « Qu’est-ce qu’il y a d’autre dans son album photo privé ?
— Tu veux que je te le projette ?
— Vaut mieux pas ! »
Elbert chassa cette idée, balaya du regard les longues jambes de Lori et demanda d’un ton plein de sous-entendus :
« Alors… comment comptes-tu me rembourser ? »
Entendant l’étrange intonation d’Elbert, Lori fronça légèrement les sourcils.
« Même si tu m’as sauvée, ne pense pas en profiter. »
Elle se tourna vers la fenêtre et déclara froidement :
« Je te rembourserai autrement. Avec de l’argent, par exemple ! »
À cet instant, le téléphone de Lori se mit soudain à sonner.
Elle jeta un coup d’œil à l’écran, et son expression se fit plus prudente.
Elle décrocha. Une voix âgée s’éleva :
« Tu l’as trouvé ?
— Oui. Je vais faire les arrangements nécessaires.
— Non. Amène-le me voir.
— Mais… je pense qu’il… »
En observant le profil élégant de Lori, Elbert sourit sans raison.
En réalité, Elbert ne voulait aucune récompense.
Puisque la jeune fille était en sécurité, il n’avait plus rien à demander.
Une minute plus tard, Lori raccrocha, une pointe de mécontentement sur le visage.
— Viens avec moi voir quelqu’un.
Elbert fronça légèrement les sourcils.
— Voir qui ?
— Mon père.
Alan Brown, l’homme le plus riche de Wavehaven ?
Elbert se frotta doucement le menton. On dirait que l’appel de tout à l’heure venait de M. Brown, d’ordinaire toujours d’une discrétion extrême.
De quoi éveiller, il faut bien l’avouer, la curiosité d’Elbert.
Il hocha légèrement la tête. On ne pouvait pas décliner l’invitation de l’homme le plus riche de la ville.
Lori n’attendit pas qu’il donne son accord : elle appuya sur le bouton de l’interphone et ordonna au chauffeur de partir.
Le cortège luxueux, qui attirait d’innombrables regards, prit lentement la direction de la périphérie.
Elbert tourna la tête vers le paysage qui défilait derrière la vitre et sourit.
— Je ne comprends vraiment pas pourquoi tu es aussi froide avec celui qui t’a sauvée.
— Tous ceux qui essaient de s’approcher de moi ont des intentions impures.
Elbert pinça les lèvres.
— Ça fait trois ans, et je ne t’ai jamais cherchée.
— Parce que tu ne savais pas qui j’étais !
— Quelle identité ? « Lori veut s’améliorer » ?
Elbert laissa échapper un petit rire.
« Lori veut s’améliorer », c’était le pseudo de Lori sur Internet. D’après les informations de Robert, Lori était clairement une femme de principes, tenace, une déesse au visage froid qui maintenait les autres à distance.
On disait aussi d’elle qu’elle était une bourreau de travail au sein du groupe FutureTech.
— Tu m’as enquêtée !
Lori lança, furieuse :
— Et tu prétends encore ne pas avoir d’arrière-pensées. Après avoir vu mon père et touché ta récompense, tu disparais. Ne me dérange plus !
— Tu te fais des films. Tu es paranoïaque ou quoi ?
Tout en parlant, Elbert sortit un paquet de cigarettes de sa poche.
Il remarqua aussi que, en entendant ça, le corps de Lori se raidit brusquement ; elle ressortit son stylo-bille métallique et se mit à cliquer dessus sans arrêt.
— Interdiction de fumer dans la voiture !
À cet instant, Lori ressemblait à un paon en colère : ses yeux en amande fixaient Elbert avec dureté.
— Si je ne fume pas, je ne fume pas !
Elbert haussa les épaules, posa les mains derrière la tête et ne s’occupa plus de Lori.
Il essaya de démêler la situation.
Son œil prothétique venait de s’activer d’un coup, affichant dans son champ de vision toutes sortes de données de calcul terriblement puissantes.
L’étudiante qu’il avait sauvée trois ans plus tôt se trouvait être la fille de l’homme le plus riche de Wavehaven, et on venait soudain le chercher pour lui offrir une récompense ?
Et maintenant, ils étaient en route pour rencontrer l’homme le plus riche ?
On aurait dit un rêve.
— Robert… tu es quoi, exactement ? Tu viens d’où ?
En pensant à son œil droit, Elbert ne put s’empêcher de demander.
— Je suis un supercalculateur de troisième séquence d’IA faible, avec, à l’heure actuelle, un QI équivalent à celui d’un enfant de huit ans.
— Je peux accéder à l’ensemble des connaissances d’Internet et je possède une puissance de calcul de dizaines de milliards de milliards d’opérations par seconde.
— Je peux aussi ajuster ton état physique via des connexions neuronales !
— Quant à savoir d’où je viens…
— Je n’en suis pas sûr non plus. Mais il y a un code de signature dans mon programme : Gordon Cunningham.
