Chapitre 4 4
Hope s'installe à une table en fer forgé nichée sous un immense parasol et allonge les jambes. Je me tiens un peu à l'écart, nerveuse. « On est vraiment censées se mettre à l'aise ? Nos consignes étaient de nourrir Rufus, de le laisser jouer dans le jardin, puis de partir. »
« C'est ça. Et qu'est-ce qu'on est censées faire pendant qu'il se balade dans le jardin ? Rester au garde-à-vous ? » Elle désigne avec impatience la chaise vide à côté d'elle. « Vas-y. Papa Flic ne va pas t'arrêter pour t'être posée cinq minutes. »
Le fait que mon respect absolu des règles vienne précisément de « Papa Flic » me donne paradoxalement encore plus envie de m'asseoir. « Ce client m'a l'air vraiment exigeant. »
Rufus est occupé à renifler des rosiers au fond du jardin.
Hope ricane. « J'ai un scoop pour toi, ma belle. Le but de Hope’s Helpers, c'est d'offrir une assistance personnelle à des gens qui ont plus d'argent que de savoir-vivre. Ils sont tous exigeants. »
Je m'assois à contrecœur. « Rappelle-moi pourquoi tu veux que je sorte avec quelqu'un qui a plus d'argent que de savoir-vivre ? »
« Qui a parlé de sortir avec lui ? » Les yeux de Hope brillent dangereusement. « Je te suggère de profiter un peu de la vie. De t'amuser. Tu ne peux pas laisser Rufus vivre toutes les aventures. »
« J'avoue que l'idée n'est pas pour me déplaire. »
« Ah oui ? » Hope se redresse, flairant l'odeur du sang.
« Il est canon. Tu le sais, je le sais. N'en fais pas toute une histoire. »
« Mais c'est toute une histoire ! » rétorque-t-elle. « C'est le premier mec pour qui tu montres un réel intérêt. Et tu es en pleine traversée du désert. »
« Ce n'est pas si dramatique que ça... »
« Ma chérie, il y avait de la neige par terre la dernière fois que tu as eu un rencard. La neige de l'hiver dernier. »
« Mon Dieu. » Je m'enfouis le visage dans les mains. « Tu as raison. »
« J'ai toujours raison. »
Je m'enfonce un peu plus dans ma chaise inconfortable. « Honnêtement, le fait de ne pas avoir de rencards, c'était plutôt sympa, mais... le sexe me manque. »
« Évidemment. À quelle fille de vingt-six ans normalement constituée ça ne manquerait pas ? » Son sourire devient machiavélique. « Et si tu ne veux pas utiliser la carte que Samuil t'a donnée, tu peux au moins l'utiliser, lui, d'une autre manière. »
« Comment ça ? »
« Je veux dire... » Elle fait tout un tas de gestes obscènes avec sa main que je ne comprends pas. « ... sers-toi de ce mec. Si ce n'est pas dans la vraie vie, au moins dans tes fantasmes. Tu as bien un vibromasseur, non ? »
« Berk ! Hope ! »
Hope balaie ma réaction d'un geste de la main. « Ton imagination est un vrai gâchis si tu ne l'utilises que pour des trucs raisonnables comme des business plans et des objectifs de carrière. Il faut que tu t'en serves pour des trucs un peu plus débridés. »
« C'est plutôt ton rayon, pas le mien. »
« Eh bien, il est temps d'essayer quelque chose de nouveau. » Elle croise les mains sur ses genoux et me fixe avec un sérieux feint. « Considère-moi comme ton senseï, ton guide spirituel du fantasme pour la soirée. »
« Je déteste absolument tout dans cette conversation. »
« C'est une douce soirée d'été. » Sa voix se fait plus grave, sensuelle, douce. « Tu es dans un magnifique penthouse — élégant et spacieux, comme celui-ci... » Elle jette un regard circulaire au jardin kitsch et à toutes ses statues de chérubins dodus en faisant la grimace. « ... mais, tu sais, avec du vrai goût. »
Je pouffe, mais Hope continue, imperturbable. « Tu es seule. Ou l'es-tu vraiment ? Non ! Tu te retournes et tu te retrouves nez à nez avec nul autre que Samuil Litvinov. »
« Je suis captivée. »
« Ferme les yeux », lance Hope sèchement. « Je ne vais pas faire tout le boulot à ta place. »
Je ferme les yeux, ne serait-ce que pour que ça se termine plus vite. Mais quand la brise vient caresser mon visage, je me surprends à m'y abandonner. À imaginer que c'est la caresse de quelqu'un d'autre.
« Il n'y a que toi et Samuil. Avec son mètre quatre-vingt-treize. Le péché incarné. Ces épaules larges et ses yeux qui te brûlent comme si tu étais son prochain repas. C'est à toi de jouer, Nova. Qu'est-ce que tu veux faire ? »
Mon cœur bat comme un tambour de guerre entre mes cuisses. « Je me jette du haut de ce toit. »
« Menteuse ! » Hope me tape sur le bras. « Tu as failli nous attirer un procès et tu n'as même pas pris la peine de donner notre carte à l'un des hommes les plus riches de Chicago. La moindre des choses, c'est de jouer le jeu. »
« D'accord ! D'accord. Qu'est-ce que je fais ? Je lui fais la spéciale Rufus et je le saute jusqu'à l'épuisement. »
Hope glousse. « D'accord, c'est parti, mais tu sautes la meilleure partie. Rembobinons un peu. »
Le fantasme prend forme plus facilement que je ne voudrais l'admettre. Je peux presque voir sa silhouette remplir l'encadrement de la porte, dominant le moindre centimètre d'espace.
Même dans mes rêves, c'est difficile de le regarder dans les yeux.
« C'est moi qui mène la danse », murmurai-je. « Il suit mes règles. »
J'aurais envie de le toucher. De la même façon que j'ai eu envie de m'agripper à son bras dans le parc, juste pour sentir à quel point il était robuste.
Mais pas tout de suite…
« Et ensuite ? » m'encourage Hope.
« Et ensuite… » Je me mords la lèvre. « Quand il se tient juste devant moi, je me déshabille. Je reste hors de sa portée, me dévêtant lentement pour qu'il puisse apprécier mon corps. Il essaie de m'attraper, mais je ne le laisse pas faire. En fait, je lui ordonne de se mettre nu. Ce n'est que lorsque son costume, sa chemise et son caleçon sont sur le sol… Ce n'est qu'à ce moment-là qu'il peut me toucher. Une fois qu'il est nu, je pose une main sur son torse et je le fais reculer vers le canapé. »
Il ferait paraître minuscule le petit canapé de mon salon. Mon appartement tout entier ressemblerait à une maison de poupée avec lui à l'intérieur. J'aurais l'air si fragile entre ses mains.
« Je le pousse pour le faire asseoir et je grimpe sur lui, à califourchon. Je passe mes mains sur tout son corps. Il pourrait tout aussi bien être taillé dans le marbre. »
« Je parie qu'il est sculpté », intervient Hope.
« Oh, tu n'as pas idée », confirmé-je sans ouvrir les yeux. « Ce mec a des muscles à faire pâlir Hercule. Une fois que j'ai fini d'explorer, ma main glisse plus bas et attrape sa queue. »
« Elle est grosse ? »
« Énorme. J'ai peur que ça ne rentre pas, mais il m'attrape par les hanches et me tire vers le bas, sur lui. Je le prends en entier. »
Mon corps est chaud et ma respiration est saccadée. Je devrais m'arrêter, mais nous sommes si proches du grand final.
« Je le chevauche avec force, et il m'encourage, me murmurant à l'oreille tout ce qu'il nous reste encore à essayer. »
« Et tu franchis la ligne d'arrivée ? » insiste Hope.
« Deux fois. Non, trois fois, avant qu'il n'explose en moi. Mais on ne fait que commencer », décidé-je en papillonnant des paupières pour ouvrir les yeux. « Je n'en ai pas encore fini avec lui. »
Hope sourit en regardant son téléphone, tapant à toute vitesse. « Je n'en doute pas. »
Un déclic se produit dans ma tête. La vague réalisation que quelque chose cloche. « Qu'est-ce que tu fais ? »
« J'envoie juste un petit message », dit-elle, d'un ton léger et nonchalant.
C'est alors que mon regard se pose sur la carte de visite de Samuil, posée sur sa cuisse droite.
Oh.
Mon.
Dieu.
« Hope… » Ma voix est étranglée. « Qu'est-ce que tu viens de faire ? »
Il y a un petit bruissement familier, le son révélateur d'un message envoyé, puis Hope retourne son téléphone pour que je puisse voir l'écran…
Y compris le fichier audio qu'elle vient d'envoyer.
Elle hausse les épaules sans la moindre culpabilité. « Quand Samuil fera de ton fantasme une réalité, tu pourras me remercier. J'accepte les espèces ou les chèques. »
